Consultations publiques en finance durable : quels signaux pour les acteurs financiers en 2026

Alors que la finance durable a évolué ces derniers mois dans un contexte instable, WeeFin a tenu a participé aux différentes consultations publiques ouvertes dans l'Union Europenne ou au Royaume-Uni. Voici une synthèse des réponses rédigées par notre équipe Expertise.
Réponses WeeFin aux consultations publiques
Rédigé par
Publié le
25/2/2026

Ces derniers mois, le cadre de la finance durable a poursuivi sa mue, mais sur un tempo contrasté et de plus en plus polarisé. Tandis que des standards internationaux comme ceux de l’ISSB s’installent progressivement et que les consultations sur les plans de transition ou les risques liés à la nature se multiplient, certains signaux traduisent un ralentissement de l’ambition réglementaire. En Europe, les débats autour de la CSRD illustrent cette inflexion, tandis qu’aux États-Unis la SEC revoit sa copie sur plusieurs propositions ESG.

Dans ce contexte mouvant, les consultations publiques – à l’image de celle lancée par la Commission européenne sur l’évolution du Règlement SFDR – deviennent des espaces stratégiques où se redéfinissent les équilibres entre ambition climatique, contraintes opérationnelles et compétitivité.

Consultations : décrypter les signaux de la finance durable dans un contexte de transition et de contrastes réglementaires

Ces derniers mois, le cadre réglementaire de la finance durable a continué d’évoluer rapidement. D’un côté, des standards internationaux comme les normes ISSB s’installent progressivement et les consultations sur les plans de transition climatique ou les risques liés à la nature se multiplient, témoignant d’un effort de structuration global. De l’autre, le rythme et l’ambition de certaines régulations montrent des signes de décélération. En Europe, le paquet de réformes dit « Omnibus » illustre cette inflexion en simplifiant plusieurs textes existants, notamment la CSRD, au nom de la compétitivité et de la réduction des charges administratives. À l’international, d’autres grandes juridictions adoptent un positionnement encore plus net. Aux États-Unis, la SEC a abandonné plusieurs propositions de règles ESG majeures et a revu à la baisse les possibilités pour les actionnaires d’inscrire des résolutions ESG à l’ordre du jour des assemblées générales, marquant un retour en arrière sur des mécanismes clés de pression actionnariale. L’ensemble crée un contraste marqué avec la phase précédente d’intensification normative, et souligne un moment de recomposition de la finance durable, où ambitions climatiques, coûts réglementaires et enjeux politiques se confrontent désormais plus frontalement.

Dans ce contexte, tant en Europe qu’au Royaume-Uni, de nombreux régulateurs et organisations de Place ont ouvert des consultations publiques afin de recueillir la position et l’expertise des acteurs du marché. Ces consultations, qui couvrent des sujets allant des plans de transition à la transparence ESG en passant par la biodiversité et la gouvernance, offrent aux institutions financières la possibilité d’influencer la formulation des standards et des exigences qui structureront la prochaine phase de la finance durable. 

Les consultations représentent un intérêt majeur pour les acteurs du marché permettant  d’identifier les sujets clés et les tendances émergentes en matière de finance durable, tout en donnant un aperçu des prochaines évolutions réglementaires. Elles offrent également une tribune pour recueillir l’avis des différents acteurs concernés : régulateurs, investisseurs institutionnels, gestionnaires d’actifs, mais aussi ONG et organisations de la société civile,  permettant de mieux comprendre les points de convergence et de divergence sur des enjeux complexes comme le climat ou la biodiversité.

Chez WeeFin, ces consultations font l’objet d’une attention particulière. Elles permettent non seulement d’anticiper les tendances et les évolutions à venir dans la finance durable, mais aussi de se positionner de manière proactive en cohérence avec notre mission de porter une vision de la finance durable plus transparente et exigeante.

Risques ESG : l’accent est mis sur la transition et résilience des acteurs financiers

En 2025, la TNFD a mis l’accent sur la nécessité pour les investisseurs et assureurs d’identifier et de divulguer les dépendances et impacts sur la nature dans leurs portefeuilles, en proposant des méthodologies standardisées pour rendre les informations comparables et décisionnelles (TNFD – Dependencies and Impacts in Financial Portfolios).

Dans le même temps, le Royaume‑Uni explore la mise en place de plans de transition climatiques crédibles, exigeant que les entreprises et les institutions financières publient des trajectoires claires de réduction des émissions, détaillent les scénarios utilisés et rendent transparentes leurs mesures d’atténuation (UK Transition Plan Consultation). 

Ces enjeux s’étendent également à la supervision prudentielle, comme le montre la consultation de l’EIOPA sur la biodiversité, qui interroge les assureurs sur la manière d’intégrer ces risques dans leurs modèles internes et processus de solvabilité (EIOPA – Biodiversity Risk Management, Solvency II), ainsi que la consultation de l’EBA sur les guidelines amendées relatives à la gouvernance interne, qui vise à renforcer les standards pour les banques en matière de gestion des risques et de contrôle interne (EBA – Amended Guidelines on Internal Governance).

Les banques et assureurs européens, quant à eux, sont invités par l’EBA et la Banque d’Angleterre à intégrer les risques ESG, climatiques et liés à la biodiversité dans leurs analyses de scénarios et stress tests, afin de mesurer leur exposition et renforcer leur résilience (EBA – ESG Risks in Financial Stress Tests, EBA – ESG Scenario Analysis Guidelines, BoE – Climate-related risk approaches).

Ces consultations traduisent une dynamique forte : la finance durable n’est plus seulement une affaire de reporting ou de communication, elle devient un instrument d’anticipation et de résilience, où la transparence, la rigueur méthodologique et l’alignement avec les objectifs climatiques et environnementaux sont désormais au cœur des attentes des régulateurs et des marchés.

Avis WeeFin

Face à l’accélération des attentes réglementaires et sociétales, WeeFin défend une intégration progressive et pragmatique des risques ESG, adaptée à la diversité des acteurs financiers. Selon nous, la clé réside dans un équilibre entre ambition — avec la publication systématique des plans de transition climatique, garants de transparence et de comparabilité — et proportionnalité, en ajustant les exigences à la taille, au secteur et aux capacités opérationnelles de chacun.

Pour les tests de résistance ESG, nous préconisons une approche par étapes : commencer par les risques climat et biodiversité, en s’appuyant sur des indicateurs sectoriels robustes et des outils spécialisés (comme ENCORE ou le SBTN Materiality Screening Tool), avant d’élargir le périmètre. Cette progressivité permet de renforcer en parallèle les systèmes internes et les compétences, sans sacrifier l’action à la perfection des données.

C’est bien là que les défis persistent : l’imperfection des données, notamment sur la biodiversité, ne doit pas paralyser l’action. Nous encourageons les acteurs à croiser les sources, à investir dans des contrôles qualité rigoureux, et à compléter ces efforts par l’engagement actionnarial et des solutions technologiques innovantes. L’enjeu ? Intégrer progressivement ces sujets — biodiversité, adaptation climatique, risques sociaux — dans la gouvernance, les allocations et les analyses, pour mieux anticiper les risques, limiter le greenwashing et construire une résilience durable.

Taxonomies et SFDR : vers plus de cohérence et de comparabilité

Au cœur de nombreux débats dans différents pays, les consultations sur les cadres normatifs, et notamment les Taxonomies et la régulation SFDR, reflètent l’effort des régulateurs pour clarifier et harmoniser les règles encadrant les investissements durables, en tentant d’apporter à la fois cohérence et simplicité aux obligations de reporting. L’Union européenne a lancé plusieurs consultations pour réviser et simplifier le cadre de la taxonomie européenne, notamment le Environmental Delegated Act (EU Taxonomy – Environmental Delegated Act Review) et les amendements visant à rendre le reporting plus simple et moins coûteux pour les entreprises (Taxonomy Delegated Acts simplification). Ces initiatives s’accompagnent d’une révision des règles SFDR, destinée à préciser les obligations de transparence pour les acteurs financiers (Revision of EU rules on SFDR).

Au Royaume-Uni, la consultation sur la Green Taxonomy a traduit la même ambition d’aligner les produits financiers sur des critères environnementaux clairs et harmonisés (UK Green Taxonomy Consultation). Ces initiatives sont complétées par le rapport de la EU Sustainable Finance Platform, qui sert de plateforme d’échanges et de synthèse des bonnes pratiques et des difficultés rencontrées par les acteurs dans le déploiement des règles de taxonomie (EU Sustainable Finance Platform – Taxonomy Report 2025).

Les acteurs financiers ont besoin de stabilité et de cadres cohérents. Une récente étude de Morningstar (Voice of Asset Owner, 2025) souligne que les investisseurs institutionnels valorisent de plus en plus les cadres standardisés, qui facilitent l’évaluation comparative et l’intégration dans les processus de décision. 

Dans ce  contexte, l’ensemble de ces consultations démontre une volonté claire : les régulateurs cherchent à renforcer la cohérence et la comparabilité des informations ESG, à réduire les charges administratives et à donner aux investisseurs et entreprises les outils pour identifier les investissements réellement durables. 

Avis WeeFin

La Taxonomie Européenne reste un outil majeur pour objectiver la durabilité, mais son usage demeure déclaratif et limité par des critères techniques complexes, des seuils restrictifs et une approche binaire. Sa portée a en outre été réduite par le package Omnibus, ce qui limite encore son rôle comme levier réel d’allocation du capital. Pour la rendre pleinement opérationnelle, nous préconisons une taxonomie en trois dimensions : activités vertes, brunes et en transition. Une telle taxonomie élargirait le périmètre des activités couvertes tout en simplifiant le reporting et en clarifiant les critères techniques, afin d’encourager l’adoption par les gestionnaires d’actifs et de mieux refléter la réalité économique.

En parallèle, WeeFin a soutenu l’idée d’une UK Green Taxonomy, qui aurait pu éviter les écueils de la Taxonomie Européenne en fournissant des critères scientifiques, granulaires et actionnables au niveau des activités, utiles pour orienter les flux de capitaux, limiter le greenwashing et guider les décisions d’investissement.

Quant au Règlement SFDR, nous avons plaidé pour une refonte structurelle qui renforcerait la transparence, la comparabilité et la crédibilité des fonds ESG. Selon WeeFin, les fonds Article 8 et 9 doivent se différencier de manière significative des fonds conventionnels, via un socle universel de transparence, des validations tierces et des exigences minimales en matière d’exclusions et d’engagement, ce qui est plutôt bien reflété par la seconde version SFDR telle que proposée en la fin d'année 2025. 

Stewardship : le levier des marchés durables

L’engagement se positionne comme un levier essentiel de la finance durable. Les consultations récentes mettent l’accent sur la nécessité de clarifier les attentes des régulateurs, de renforcer la transparence des pratiques et d’assurer que l’actionnariat exerce un rôle actif dans la transition durable des entreprises.

Au Royaume-Uni, le FRC a lancé une consultation pour le UK Stewardship Code 2026, qui fixe de nouvelles exigences en matière d’engagement actionnarial, de politique d’investissement responsable et de reporting des pratiques de stewardship (FRC – UK Stewardship Code 2026 Guidance, FRC – Stewardship Code Consultation). Ce code vise à fournir un cadre clair et homogène aux gestionnaires d’actifs et aux fonds, tout en favorisant l’intégration systématique des critères ESG dans les décisions d’investissement

Avis WeeFin

Chez WeeFin, nous avons soutenu la révision du UK Stewardship Code en mettant l’accent sur la création de valeur long terme et le respect du devoir fiduciaire. Nous avons réitéré l’importance de l’usage de guides pratiques pour garantir cohérence et comparabilité, ainsi que la formalisation des processus d’escalade bilatéraux ou collaboratifs. Une mise en œuvre progressive, accompagnée de pédagogie et de périodes transitoires, sera essentielle pour assurer l’appropriation efficace du Code par les acteurs du marché.

Simplification et allègement des reporting et normes comptables ESG

Le reporting ESG et les normes comptables permettent aux investisseurs et régulateurs de disposer d’informations fiables, comparables et exploitables sur les pratiques environnementales, sociales et de gouvernance des entreprises. L’IFRS travaille à renforcer et harmoniser les standards SASB à l’échelle internationale, afin de faciliter l’intégration des données ESG dans les décisions financières (IFRS – Enhancing SASB Standards).

En Europe, la consultation sur les Amended ESRS Exposure Draft – July 2025 se distingue par son ambition de simplifier et alléger le reporting (Amended ESRS Exposure Draft – July 2025 Public Consultation Survey). Face aux retours des entreprises, cette consultation propose de réduire substantiellement le nombre de données obligatoires, de clarifier la structure des standards, et d’introduire des mécanismes d’allégement pour les cas où le reporting serait excessivement coûteux ou complexe, tout en maintenant la cohérence et la transparence des informations publiées.

Avis WeeFin

Concernant ‘Omnibus’, WeeFin adopte une position pragmatique mais vigilante. Nous nous opposons à une réduction excessive des exigences de reporting, estimant qu’un niveau élevé de données est essentiel pour renforcer la résilience ESG des entreprises, améliorer la qualité des données disponibles sur le marché et préserver la compétitivité européenne, notamment au regard d’autres cadres comme la SFDR. En outre, si WeeFin défend fermement le maintien de la double matérialité afin de garantir la transparence et la crédibilité du dispositif, nous soutenons l’harmonisation avec les standards internationaux de l’ISSB tant que possible. Aussi, plutôt qu’une exemption en cas de données manquantes, nous préconisons l’usage encadré d’estimations et proxys, avec transparence méthodologique et publication des taux de couverture, afin de concilier faisabilité et comparabilité.

Des consultations pour répondre à deux enjeux majeurs : fiabiliser les données et renforcer la confiance des investisseurs 

Enfin, plusieurs consultations traduisent l’évolution de la finance durable vers une vision plus transparente et centrée sur les acteurs, qu’il s’agisse des fournisseurs de données ESG, des entreprises ou des investisseurs finaux. Les consultations récentes visent à améliorer la fiabilité des notations et des évaluations externes, à renforcer la traçabilité et la qualité des données sociales et relatives aux droits du travail, et à mieux comprendre le parcours des investisseurs dans les produits durables.

L’ESMA, par exemple, interroge le marché sur les règles applicables aux fournisseurs de notations ESG et aux vérificateurs externes, afin d’améliorer la cohérence, la comparabilité et la crédibilité des évaluations qui nourrissent les décisions d’investissement (ESMA – Rules ESG Rating Providers, ESMA – Rules External Reviewers European Green Bonds).

Parallèlement, le reporting social devient un axe central, avec des consultations sur les standards relatifs aux droits du travail, aux conditions de travail et à l’impact social des activités des entreprises (GRI – Labour Topic Standards Development). Ces initiatives visent à fournir des données fiables et comparables pour que les investisseurs puissent intégrer les dimensions sociales dans leurs décisions et encourager des pratiques plus responsables.

Enfin, plusieurs régulateurs cherchent à mieux comprendre le parcours client des investisseurs, notamment sur la façon dont ils perçoivent et utilisent l’information ESG pour orienter leurs choix (ESMA - Call for evidence on the retail investor journey). L’objectif est de renforcer la transparence, la clarté et l’efficacité des communications financières durables, afin que les produits labellisés ou durables reflètent réellement leurs engagements et performances.

Dans l’ensemble, ces consultations traduisent une tendance forte : fiabiliser et standardiser les informations ESG, sociales et de parcours client, tout en responsabilisant les différents acteurs de la chaîne financière. L’ambition est claire : rendre la finance durable plus crédible, compréhensible et actionnable, tant pour les investisseurs que pour les entreprises et les régulateurs.

Avis WeeFin

Chez WeeFin, nous soutenons l’ambition de transparence portée par l’ESMA au travers du régime des ESG Ratings Providers, en particulier les divulgations méthodologiques et les templates standardisés, essentiels pour améliorer la comparabilité et sécuriser l’usage des données notamment dans le cadre des reporting SFDR et CSRD. Nous restons prudents sur la création de barrières à l’entrée excessive, notamment via les régimes d’équivalence, de reconnaissance ou d’endossement pour les acteurs extra-européens, qui pourraient réduire la diversité des fournisseurs sur le marché en impactant notamment les plus ‘petits’ providers. La diversité des fournisseurs demeure nécessaire. 

Concernant les investisseurs particuliers, nous soulignons l’importance d’une approche simplifiée et centrée, avec des indicateurs accessibles et pédagogiques plutôt qu’une exhaustivité technique, permettant de mieux orienter les choix d’investissement et de renforcer la confiance dans la finance durable.

Quelles attentes et thématiques clés pour 2026 ? 

L’année 2026 s’annonce une nouvelle fois décisive sur l’ensemble des sujets abordés précédemment. L’avenir de SFDR 2.0 reste au centre des discussions, avec des consultations à venir qui devraient clarifier les orientations et opportunités de simplification du cadre. Parallèlement, l’entrée en application des ESG Ratings en Europe marquera un tournant important pour la transparence et la comparabilité des notations ESG.

Les thématiques liées au climat et à la transition et notamment les risques physiques continueront de dominer les agendas des acteurs financiers, tandis que l’adoption progressive des normes ISSB se poursuit dans le monde entier. D’ici la fin de l’année, une décision pourrait être prise concernant une éventuelle norme sur les risques liés à la nature, alors que TNFD a mis fin à ses activités. Un autre projet ISSB porte sur le capital humain, signe que le pilier social, longtemps considéré comme le « parent pauvre » de l’ESG, pourrait enfin devenir un sujet central dans les prochaines réglementations.

Pour plus d’informations sur les échéances réglementaires à venir, veuillez consulter notre Calendrier Réglementaire 2026 publié le mois dernier.

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