

La Science-Based Targets Initiative est fondée en 2015, dans le contexte de la COP 21 (celle des accords de Paris), par une coalition d’organisations expertes sur la transition comme le Carbon Disclosure Project ou le World Resources Institute. Il s’agit d’une organisation à but non lucratif dont les données sont publiques.
En 2015, les entreprises publient d’ores et déjà des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cependant, d’une part il est difficile pour les entreprises de connaître les objectifs qu’elles devraient adopter pour limiter le réchauffement climatique en tenant compte de leur profil (taille, secteur, localisation). D’autre part, les investisseurs peinent à évaluer la pertinence et l’ambition de ces objectifs (on peut alors voir des entreprises ainsi affirmer qu’elles sont alignées avec un scénario 1.5°C... qu’elles ont défini elles-mêmes, ce qui facilite grandement la tâche).
En effet, pour tenir certains objectifs climatiques (limiter le réchauffement à 1.5°C voire 2°C d’ici 2100), il est nécessaire de se fier à une feuille de route sérieuse, que l’on appelle un scénario, qui indique quelle trajectoire de réduction des émissions doit être suivie au global, mais aussi l’allocation des émissions de gaz à effet de serre (budget carbone) prévue par cette trajectoire, par secteur et par géographie.
La SBTi répond à ce besoin d’accompagnement en créant des directives sectorielles et des outils d’évaluation des cibles de réduction, fondés sur des scénarios crédibles de décarbonation. Elle utilise majoritairement les scénarios de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) qui sont retravaillés en directives sectorielles, mais également des travaux du GIEC et autres organisations scientifiques. La SBTi fournit des directives à la fois sur les cibles “near-term” (5 à 10 ans) et sur des cibles “net-zero” (qui, en plus des cibles near-term, comprennent la réduction d’au moins 90% des émissions d’ici à 2050 et la neutralisation des émissions résiduelles par des solutions de séquestration durables).
Les entreprises qui souhaitent que leurs cibles de décarbonation soient validées par la SBTi doivent donc vérifier que leurs ambitions sont au moins aussi ambitieuses que les cibles déterminées par la SBTi, et cochent un certain nombre de critères. Certains critères sont généralistes, notamment la prise en compte du Scope 3 dans leurs objectifs si ce dernier est supérieur à 40% de l’empreinte carbone totale de l’entreprise (Scope 1, 2 et 3). D’autres critères additionnels sectoriels rentrent également en compte. Par exemple, les entreprises du secteur FLAG (Forest, Land and Agriculture) doivent inclure un engagement de non-déforestation.
Les travaux de la SBTi sont largement reconnus pour leur crédibilité scientifique et leur rigueur. Une validation de leur part représente un fort gage de sérieux pour une entreprise ou une institution financière. A ce jour, plus de 11,000 entreprises ont des cibles validées par la SBTi. Les données SBTi sont largement utilisées par les investisseurs dans leur gestion des risques et opportunités climat.
En juin 2026, la SBTi a publié une nouvelle version de son approche méthodologique Net-Zero (SBTi Corporate Net-Zero Standard Version 2.0), après dix ans d’existence du standard historique. Cette version 2.0 entrera en vigueur au 1er février 2027. La version actuelle (1.3.1) reste ouverte pour la définition d’objectifs jusqu’au 31 janvier 2028, et au 1er février 2028, la seule version 2.0 sera applicable. Au-delà de l’évaluation de la robustesse des cibles de réduction, le standard mis à jour prend désormais davantage en compte la mise en place opérationnelle de ces cibles, ainsi que les progrès réalisés.
Une plus grande différenciation du profil des entreprises est introduite, notamment en fonction de leur taille mais aussi de leur implantation géographique. On distingue désormais les entreprises de catégorie A, aux moyens conséquents, soumises à des exigences plus lourdes et celles de catégorie B, soumises à des exigences moindres cohérentes avec des moyens moindres.
Les cibles sont maintenant planifiées sur un horizon “near-term” de cinq années, et révisées tous les cinq ans. Les progrès de l’entreprise doivent être publiés à un rythme annuel, et les objectifs long-terme sont optionnels. Si l’entreprise ne tient pas ses objectifs prévus sur un cycle de cinq ans, elle n’est pas exclue de SBTi mais doit redoubler d’efforts sur la prochaine période. L’idée est de soutenir les entreprises qui fournissent des efforts réels de transition.
En complément des cibles de réduction, il est demandé aux entreprises de fournir des éléments probants sur les aspects suivants :
Le Corporate Net-Zero Standard Version 2.0 introduit également une hiérarchie d’implémentation de la stratégie de décarbonation. Les actions pouvant être menées directement par l’entreprise doivent être favorisées par rapport à des décisions aux effets plus indirects. Cela permet à la fois de prioriser les actions qui amènent à réduire directement les émissions, tout en prenant en compte l’ensemble des efforts de l’entreprise quand les leviers les plus directs ne peuvent pas être mis en place.
Enfin, un nouveau cadre baptisé OER (Ongoing Emissions Responsibility) structure les initiatives de contribution volontaire à la décarbonation. La SBTi déclare que “même les entreprises avec des cibles ambitieuses et scientifiquement fondées continuent à émettre des gaz à effet de serre ; ces émissions “en cours” (on-going) consomment le budget carbone planétaire et alimentent le réchauffement climatique”. Ainsi, les entreprises peuvent, et à terme doivent, mettre en place et/ou financer des solutions de séquestration de carbone et/ou de réduction des émissions en dehors de leur chaîne de valeur. Il sera obligatoire pour les entreprises de catégorie A de s’engager sur ce type d’objectifs dès 2035 ; cette obligation s’étend aux entreprises de catégorie B dès 2050.
Les cibles Scope 1 et le Scope 2 sont maintenant dissociées, ce qui permet de mieux distinguer les spécificités les enjeux de chaque Scope.
Pour le Scope 1, trois types de cibles peuvent être utilisées : en absolu, en intensité (si une trajectoire sectorielle s’applique), et en termes de “transition des actifs” via un “Asset Decarbonization Plan” (ADP).
Pour le Scope 2, les cibles peuvent être définies soit en absolu, soit en “Low-Carbon Electricity (LCE) Alignment” (part d’électricité bas-carbone consommée).
Les objectifs sur le Scope 3 ne sont désormais obligatoires que pour les entreprises A (à l’exception des institutions financières et du secteur fossile, pour qui le Scope 3 est nécessairement inclus). Pour ces entreprises, chaque catégorie du Scope 3 représentant plus de 5% du total du Scope 3 doit être couverte par les objectifs de réduction.
Pour le Scope 3, trois types de cibles peuvent être utilisées: en absolu, en intensité (si une trajectoire sectorielle s’applique), et en alignement.
L’option “Alignement” consiste non pas à mesurer directement la réduction des émissions mais à se fixer des objectifs sur l’alignement des activités (amont et aval) de l’entreprise avec des trajectoires scientifiques de décarbonation, en les quantifiant via des indicateurs divers (dépenses, chiffre d’affaire, volume ou émissions).
En résumée, pour les différents Scopes, des options “souples” sont ainsi proposées:
Ce virage pragmatique de SBTi fait partie d’un mouvement plus large. Les entreprises sont confrontées à la difficulté opérationnelle de tenir des objectifs de décarbonation très ambitieux, alors même que les politiques publiques sont globalement insuffisamment robustes au regard des enjeux des accords de Paris, dans un contexte géopolitique instable qui fragilise davantage l'effort de transition. C’est ce que souligne la SBTi: “Ce n’est pas l’engagement le morceau le plus difficile. C’est l’exécution.”, dans l'avant-propos du Net-Zero Standard Version 2.0. Pourtant, le passage à un modèle économique net-zéro reste, selon SBTi, le meilleur moyen de renforcer la résilience d’une entreprise et sa compétitivité face aux risques de transition.
Désormais, au-delà de la simple annonce d’une ambition de décarbonation, SBTi requiert désormais de montrer patte blanche sur les efforts concrets déployés pour atteindre les objectifs fixés, tout au long du cycle de vie des objectifs (annonce, suivi, clotûre). L’enjeu est de poursuivre la mobilisation massive d’entreprises sur le sujet de la transition, en introduisant de la souplesse sur les options possibles pour réduire les émissions de Scope 1, 2, ainsi que Scope 3 pour les entreprises concernées, tout en conservant une approche scientifique ambitieuse, en se référant à une trajectoire 1.5°C.
Certains détails du standard peuvent poser question et doivent être suivis de près, notamment:
Ces détails sont bien identifiés par SBTi comme étant critiques, ce qui montre que l’organisation reste attachée à ses principes d’intégrité scientifique et de transparence. A notre sens, l’évolution du standard Corporate Net-Zero ne vient pas saper la crédibilité de SBTi qui reste un standard incontournable en termes de transition, du côté des émetteurs comme du côté des investisseurs.
Dans le cadre de notre suivi du marché des données ESG, nous avons repéré, en parallèle de la sortie de SBTi Net-Zero v2.0, d’autres solutions d’évaluation des efforts réels de transition des entreprises. Ces solutions viennent compléter les solutions historiques dites de “température”, qui s’appuyaient principalement sur les cibles des émetteurs.
Le Climate Transition Assessment (CTA) fournit une analyse qualitative de la trajectoire de transition d'une entreprise : où elle en est aujourd'hui, et où elle devrait se situer demain, au vu des actions de transition prévues et des leviers de mise en œuvre identifiés. Elle aboutit à une note unique, la « Future Shade », issue de la méthodologie propriétaire S&P Trucost “Shades of Green”. Cette note traduit le degré d'alignement attendu des activités de l'entreprise avec un modèle bas-carbone et résilient, et donc avec les Accords de Paris, en tenant compte du calendrier de transition réaliste pour son secteur et de ses propres engagements.
Cette solution s’applique soit à la demande de l’émetteur qui veut démontrer sa solidité sur le plan des risques de transition, soit à celle de l’investisseur qui souhaite évaluer la solidité de son portefeuille sous l’angle de la transition climatique.
L'Energy Transition Framework fournit un score prospectif du risque économique qu'une entreprise pourrait encourir du fait de la transition énergétique dans les 5 à 7 prochaines années, et de sa capacité à limiter ce risque tout en captant de nouvelles opportunités de revenus. Il croise des facteurs sectoriels, géographiques et propres à l'entreprise.
Ce score combine deux dimensions : le degré de préparation de l'entreprise face à la transition, et la pression de transition qu'elle subit. Il permet ainsi d'éclairer la matérialité financière du risque climatique et la qualité de sa gestion par l'entreprise.
Cette solution couvre plus de 11.000 émetteurs (MSCI ACWI Investable Market Index).
La Net Zero Assessment est le cadre d’évaluation propriétaire de Moody's sur la robustesse de la trajectoire de décarbonation d'une entité, au regard d'une trajectoire mondiale de zéro émission nette compatible avec l'objectif le plus ambitieux des Accords de Paris. L'évaluation Net Zero Assessment porte sur trois aspects : l’ambition des cibles de l'entité (cibles), la mise en œuvre concrète de son plan (moyens employés), et la gouvernance qui encadre les objectifs de réduction des émissions. L’analyse utilise des informations publiques et si besoin privées (fournies par l’émetteur ou l’investisseur).
Cette solution est destinée aux émetteurs qui souhaitent démontrer leur solidité sur le plan de la transition.