Engagement actionnarial : comment suivre les objectifs et évaluer l’impact réel ?

Étude exclusive sur l'engagement actionnarial au UK
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Publié le
1/4/2026

L’année 2025 a marqué un tournant pour l’engagement actionnarial, notamment aux États-Unis. Les récentes lois et régulations (la règle 14a-8 sur les résolutions d’actionnaires par exemple), en redonnant aux Asset Managers un pouvoir renforcé, reflètent en réalité la reconnaissance implicite de la force stratégique de l’engagement : un levier capable d’influencer la gouvernance et la stratégie des entreprises. Parallèlement, de nombreux Asset Owners (comme The People’s Pension au Royaume-Uni en 2025, ou d’autres grands fonds de pension européens) ont réalloué leurs actifs et changé de gestionnaires, souvent pour des raisons liées au Stewardship (soit l’exercice responsable des droits d'actionnaire) et à l’intégration des risques ESG, illustrant concrètement l’impact potentiel de ces pratiques.

Face à ces évolutions, il est crucial pour les investisseurs européens de s’emparer pleinement de l’engagement actionnarial pour aligner performance et responsabilité.

Pour y voir plus clair, nous avons étudié 10 acteurs financiers britanniques clés à l’aune des nouvelles exigences du UK Stewardship Code, afin de comprendre comment ils structurent leurs pratiques et suivent leurs engagements. Plusieurs enseignements s’y dégagent clairement. 

À partir de l’analyse des pratiques de 10 acteurs britanniques, il apparaît que la mesure de l’engagement reste un exercice complexe. La valeur réellement créée par l’action de l’investisseur, notamment en matière de stewardship, reste difficile à évaluer. Pour aider les investisseurs à mieux suivre et structurer leurs engagements, nous avons identifié cinq étapes clés - qui ne sont pas encore très standardisées par les cadres réglementaires - constituant un point de départ concret pour mettre en place un monitoring efficace et mesurable des pratiques d’engagement.

1. Différencier dialogue et engagement pour guider l’action

Avant toute chose, il est essentiel de définir précisément ce qu’est une action d’engagement. Il existe en effet une différence fondamentale entre un dialogue standard et une action d’engagement avec intention et orientée sur un impact concret. 

Dans notre étude, 8 des 10 acteurs analysés différencient explicitement ces deux types d’interactions, les nommant de différentes façons selon les pratiques.

Cette distinction est cruciale : elle oriente les actions menées et permet de rendre les reportings comparables. Par exemple, Standard Life, dans son Stewardship Report de 2025 sur l’exercice 2024 précise que « poser une question sur des enjeux ESG lors d’une réunion ne caractérise pas nécessairement l’interaction comme un engagement ».

Aujourd’hui, les définitions restent très hétérogènes et ne sont pas encore standardisées dans les cadres réglementaires, ce qui rend les chiffres difficiles à interpréter. Les données que nous avons observées illustrent cette variabilité : le nombre total d’engagements varie de 66 à 5 650 sur l'année 2024, tandis que le nombre de sociétés concernées va de 50 à 3 589. Cette disparité reflète les différences de définition de l’engagement et de pratiques de reporting.

Lorsqu’on reporte ses engagements, il est essentiel de préciser ce que l’on entend par engagement et de ne pas se limiter à un simple chiffre, qui n’a de sens qu’avec une définition claire.

2. Définir des statuts pour suivre le cycle de vie de l’engagement

Une fois l’engagement défini, il est important de structurer son suivi à travers des statuts ou étapes cohérents, qui permettent de situer chaque action dans son cycle de vie. Cette gradation n’évalue pas directement le succès ou l’atteinte des objectifs, mais sert à organiser et suivre les actions de manière structurée.

Les bonnes pratiques observées chez les acteurs britanniques et européens montrent que l’utilisation d’une échelle claire de statuts facilite le suivi et le reporting des engagements, tout en offrant une visibilité sur la progression des interactions avec les entreprises. Par exemple, ShareAction, une ONG londonienne, propose dans son Best Practice Engagement Reporting Template des catégories telles que : « ongoing », « escalated », et « closed », permettant de signaler le stade d’avancement de chaque engagement.

Un exemple concret issu du Stewardship Report 2025 (exercice 2024) d’Aberdeen illustre cette approche : l’acteur financier a défini un véritable cycle de vie pour les engagements prioritaires, avec les étapes suivantes :

  • Identify : identifier des préoccupations ou questions spécifiques à soulever auprès des entreprises en portefeuille.
  • Acknowledge : s’assurer que l’entreprise reconnaît la préoccupation soulevée.
  • Plan : élaborer un plan crédible pour résoudre la question identifiée.
  • Execute : mettre en œuvre le plan pour répondre aux préoccupations.
  • Close : clôturer l’engagement une fois le plan exécuté et les préoccupations traitées.

Cette approche permet de suivre la progression des engagements, de prioriser les actions et d’organiser le reporting interne ou externe. Elle offre également une base pour évaluer l’impact à long terme, même si elle ne mesure pas directement le succès de l’action à ce stade.

Définir ces statuts dès le début permet de créer un cadre commun pour toutes les équipes de gestion, de faciliter le suivi longitudinal et de garantir la cohérence du reporting, surtout dans un contexte où les standards réglementaires restent limités.

3. Avoir un outil pour documenter et suivre les engagements

Suivre la progression d’une action d’engagement ne se limite pas à savoir où l’on en est : il s’agit aussi de centraliser et tracer en temps réel toutes les informations relatives à cette action. Or, dans notre étude, nous avons constaté que seulement la moitié des acteurs analysés disposent d’un outil dédié, alors même qu’il s’agit de grands acteurs britanniques, certains disposant d’équipes importantes dédiées au stewardship.

Cette proportion montre que les pratiques de suivi des engagements ne sont pas encore structurées, et que de nombreux investisseurs utilisent encore des solutions peu adaptées, comme Excel, pour suivre des interactions souvent complexes et multi-acteurs lorsque plusieurs investisseurs décident d’engager ensemble une action d’engagement, ayant alors plus de poids qu’en agissant individuellement.

Un outil dédié présente plusieurs avantages :

  • Standardiser les pratiques (par exemple classifier les types d’engagement) au sein d’une même organisation, 
  • Centraliser toutes les informations sur chaque action : participants, dates, moyens de communication, points abordés, décisions et prochaines étapes, 
  • Suivre les actions collaboratives, impliquant plusieurs équipes côté investisseur et entreprises en portefeuille, 
  • Assurer un suivi longitudinal et documenter l’historique complet des engagements, 
  • Automatiser le reporting et générer facilement des statistiques et analyses pour les investisseurs et parties prenantes.

Les outils peuvent être internes ou externes. Par exemple, dans son Stewardship & Advocacy Report, Impax indique : “Company engagements are recorded in Impax’s proprietary data and research platform, Portal, including dates, issues engaged and discussed, name and title of the Impax and investee company representatives, the means of communication with companies, outcomes and next steps.”

WeeFin a créé en co-construction avec un acteur financier d’un module dédié à l'engagement, qui permet de suivre et d’analyser les engagements de manière centralisée. Il est particulièrement utile pour les équipes qui souhaitent coordonner plusieurs interlocuteurs, documenter chaque interaction, et optimiser la production de reporting et d’analytics. Pour plus d’informations, n'hésitez pas à contacter notre équipe.

4. Mesurer l’impact réel des engagements

Pour qu’un engagement soit considéré comme réussi ou atteint, il est d’abord essentiel de définir ce que cela signifie. Or, dans notre étude, seulement 4 acteurs sur 10 ont formalisé cette définition dans leur politique d’engagement.

Par ailleurs, 7 acteurs sur 10 suivent leurs objectifs d’engagement, souvent en utilisant des jalons intermédiaires. Cependant, peu d’entre eux définissent clairement ce que chaque jalon implique. 

Certaines pratiques se distinguent toutefois. Par exemple, Mirova dans cet article, What makes shareholder engagement successful? a établi un cadre structuré pour évaluer le succès des engagements, identifiant trois grandes catégories de résultats :

  1. L’atteinte de jalons spécifiques comme des changements de politique interne, souvent gradués par l’investisseur, 
  2. Des résultats observables au niveau de l’entreprise, par exemple : réduction des émissions de GES, amélioration de la transparence ou adoption de cibles scientifiques, 
  3. Des résultats sur le marché des capitaux, tels que l’amélioration des notes ESG ou la réduction des risques financiers.

Selon les résultats de notre étude, on remarque que la plupart des acteurs se concentrent surtout sur le premier point, c’est-à-dire l’atteinte de jalons sur des  changements internes de politique. Aucun des 10 acteurs étudiés ne mesure directement les impacts sur le marché des capitaux, tels que les évolutions de notation ESG ou la diminution du risque financier.

Pourtant, relier les notes ESG et leur évolution aux actions d’engagement peut fournir des indications sur l’impact réel des investisseurs et sur la progression des entreprises engagées. 

Mesurer l’additionnalité reste toutefois un défi majeur. Il est difficile d’isoler l’impact de l’engagement actionnarial, car de nombreux facteurs externes influencent simultanément l’entreprise, y compris sa propre volonté d’agir. De plus, l’impact réel peut être difficile à évaluer : les ambitions annoncées, par l’adoption de plans ou de cibles, ne se traduisent pas toujours en actions durables significatives.

Pour évaluer le succès de manière cohérente, il serait utile que soient définis des critères communs tenant compte de l’horizon d’investissement et de l’intentionnalité de l’engagement, afin de comparer et mesurer les résultats de manière plus standardisée.

Formaliser dès le départ ce qui constitue un engagement « réussi », suivre des jalons clairs et, dans la mesure du possible, relier ces actions aux indicateurs ESG et aux résultats concrets de l’entreprise, constitue une base effective pour évaluer l’impact réel et limiter les biais dans la mesure de l’additionnalité.

5. Structurer le reporting pour valoriser l’engagement

Le reporting est l’élément final mais essentiel pour rendre visibles les actions et l’impact de l’engagement actionnarial. Comme nous l’avons souligné tout au long de cette étude, les chiffres seuls ne suffisent pas : ils dépendent directement des définitions retenues pour caractériser un engagement. Sans définitions claires et étayées, les données ne sont pas comparables entre acteurs et perdent leur valeur informative.

Les cas pratiques (case studies) sont particulièrement utiles pour illustrer les actions d’engagement. Lorsqu’ils sont bien structurés, ils permettent de présenter : les problématiques abordées, les participants impliqués, les objectifs poursuivis, la fréquence des interactions, et les résultats intermédiaires. La nouvelle version du UK Stewardship Code recommande d’utiliser ces éléments (parmi d’autres) pour rendre compte des engagements et de leurs avancées (What makes a useful case study?). 

Il est également important de ne pas se limiter à la communication des succès. L’engagement est un processus qui prend du temps : certaines initiatives sont toujours en cours et leur impact ne se mesure pas immédiatement. Mettre en avant uniquement les réussites pourrait donner une image incomplète et biaisée de la politique d’engagement.

Un autre point clé concerne le niveau de reporting : fonds vs entité. Aujourd’hui, les reportings annuels sont souvent limités au niveau entité ce qui empêche de suivre les pratiques spécifiques à chaque fonds. Pourtant, certains fonds labellisés ISR en France ou SDR (e.g. Improvers) au Royaume-Uni ont développé des pratiques différenciantes en matière d’engagement. Les inclure dans le reporting permettrait de comprendre l’intégralité des pratiques et de mieux valoriser les initiatives à l’échelle du portefeuille.

Un reporting efficace combine ainsi des chiffres annuels fiables, fondés sur des définitions claires d’engagement ; des cas pratiques détaillés, illustrant les actions et la progression des engagements ; la mise en avant des initiatives en cours et non seulement des succès ; une granularité suffisante, incluant le niveau des fonds, pour refléter la diversité des pratiques au sein de l’organisation.

Un reporting structuré et complet est donc un outil stratégique pour montrer la valeur ajoutée de l’engagement actionnarial et soutenir la transparence auprès des investisseurs et parties prenantes.

En somme, si l’engagement actionnarial s’impose comme un levier incontournable pour orienter les entreprises vers des pratiques plus durables, sa pleine efficacité repose encore largement sur la capacité des acteurs à mieux le structurer, le suivre et en mesurer l’impact.

Les pratiques observées montrent des avancées réelles, mais aussi des marges de progression importantes, notamment en matière de définition, de standardisation et de mesure de l’additionnalité. Dans un contexte en mutation, où les cadres réglementaires restent encore partiellement structurants, ces enjeux deviennent centraux pour crédibiliser et renforcer le rôle des investisseurs.

L’intégralité de notre analyse, incluant des exemples détaillés et des recommandations opérationnelles, sera publiée dans les prochaines semaines. Restez connectés.

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